Peut-on vraiment faire confiance aux Évangiles ? C’est une question que beaucoup de lecteurs se posent. Chez MeilleureBible, nous pensons qu’il est essentiel d’aborder ces interrogations avec honnêteté. Et justement, il existe un outil utilisé par les historiens croyants comme non-croyants, qui apporte un éclairage fascinant sur la fiabilité des textes bibliques. Cet outil, c’est le critère d’embarras.
Dans cet article, nous vous expliquons ce concept simple mais puissant, et nous vous montrons pourquoi les passages les plus « gênants » de la Bible sont en réalité ses meilleures preuves d’authenticité.
Qu’est-ce que le critère d’embarras ?
Le critère d’embarras est un principe utilisé en histoire ancienne pour évaluer la fiabilité d’un texte. L’idée est la suivante : quand un auteur rapporte un fait qui dessert sa propre cause, il y a de fortes chances que ce fait soit véridique.
Pourquoi ? Parce qu’un faussaire ou un propagandiste n’inventerait jamais un détail qui affaiblit son message. Il ferait exactement l’inverse : il embellirait, il gommerait les défauts, il mettrait en avant les éléments les plus convaincants possibles.
Pour prendre un exemple simple : imaginez qu’un homme accusé de vol déclare devant un tribunal qu’il se trouvait dans un bar au moment des faits. Ce n’est pas un alibi glorieux, il aurait pu dire qu’il était à l’église ou au chevet d’un malade. Mais justement, le fait qu’il donne un détail peu flatteur rend son témoignage plus crédible. Personne n’invente un alibi embarrassant.
C’est exactement ce qu’on observe dans les Évangiles. Ils regorgent de passages que leurs auteurs n’avaient objectivement aucun intérêt à inventer. Et c’est précisément ce qui les rend crédibles aux yeux des historiens, y compris ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne.
Des auteurs qu’on n’aurait jamais choisis
Premier élément surprenant : les auteurs eux-mêmes des Évangiles.
Prenons Matthieu. Dans le monde juif du Ier siècle, les collecteurs d’impôts étaient considérés comme des traîtres à la solde de l’occupant romain. Matthieu était l’un d’entre eux. Il était méprisé par ses compatriotes, perçu comme un collaborateur de l’Empire. Si l’on avait voulu donner à un Évangile la plus grande autorité possible, on n’aurait certainement pas choisi de l’associer à un tel personnage.
Marc et Luc posent un problème similaire. Ni l’un ni l’autre n’étaient apôtres. Marc était un disciple de Pierre, et Luc un compagnon de Paul. Ce ne sont pas des témoins directs de la vie de Jésus. Dans une logique de fabrication, on aurait plutôt attribué ces textes à des figures de premier plan : Pierre lui-même, André, ou Jacques.
Et c’est là que le contraste devient saisissant. Les textes apocryphes, ceux qui ont été rejetés par l’Église primitive portent justement des noms prestigieux : l’Évangile de Pierre, l’Évangile de Thomas, l’Évangile de Philippe. Ce sont des textes tardifs, écrits bien après les événements, qui cherchent à se donner de la crédibilité en empruntant le nom de figures importantes.
Le constat est frappant : les textes portant les noms les plus modestes ont été conservés, tandis que ceux portant les noms les plus prestigieux ont été écartés. C’est exactement l’inverse de ce qu’une fabrication délibérée aurait produit.
Des femmes comme premiers témoins de la Résurrection
C’est probablement l’exemple le plus parlant du critère d’embarras appliqué aux Évangiles.
Dans les quatre Évangiles : Matthieu, Marc, Luc et Jean, les 1ers témoins de la Résurrection de Jésus sont des femmes. Marie-Madeleine est systématiquement citée en premier. C’est elle qui découvre le tombeau vide, c’est elle qui annonce la nouvelle aux apôtres.
Pourquoi est-ce si significatif ? Parce que dans le contexte juridique et culturel du Ier siècle en Palestine, le témoignage d’une femme n’avait tout simplement aucune valeur légale. L’historien juif Flavius Josèphe l’affirme sans détour : les femmes ne pouvaient pas témoigner en justice. Le Talmud confirme également cette réalité sociale, et le rabbin Eliezer ira même jusqu’à déclarer qu’il vaudrait mieux brûler la Torah que de la confier à une femme. Le témoignage féminin était donc doublement disqualifié : juridiquement et culturellement.
Maintenant, réfléchissons : si vous deviez inventer une histoire de résurrection pour convaincre des Juifs du Ier siècle, qui choisiriez-vous comme témoins principaux ? Pierre, le chef des apôtres ? Jean, le disciple bien-aimé ? Jacques ? N’importe lequel de ces hommes aurait donné infiniment plus de poids au récit dans l’esprit des lecteurs de l’époque.
D’ailleurs, c’est exactement ce que fait l’apôtre Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (1 Co 15, 3-8), où il liste les apparitions du Christ ressuscité : il mentionne Pierre, les Douze, puis Jacques et les apôtres, mais il omet les femmes. Paul, qui écrit pour convaincre un auditoire grec et juif, sait que mentionner des femmes comme témoins affaiblirait son argumentation. Les évangélistes, eux, rapportent le fait tel quel, sans chercher à le rendre plus « convaincant ».
Placer des femmes comme témoins principaux de l’événement le plus central du christianisme était, d’un point de vue stratégique, totalement contre-productif. La seule raison logique de le faire, c’est que c’est réellement ce qui s’est passé.
Des apôtres montrés dans leurs faiblesses
Un autre aspect remarquable des Évangiles, c’est la manière dont les apôtres eux-mêmes sont dépeints. Loin de l’image héroïque qu’on attendrait dans un texte de propagande, les disciples de Jésus apparaissent régulièrement sous un jour peu flatteur.
Pierre, le « roc » sur lequel Jésus bâtit son Église, renie son maître trois fois la nuit de son arrestation. Trois fois. Devant des serviteurs. Par peur. Et ce récit est rapporté par les quatre évangélistes, sans aucune tentative de l’atténuer.
Thomas refuse de croire à la Résurrection tant qu’il n’aura pas mis ses doigts dans les plaies de Jésus. Un des Douze, un homme qui a suivi Jésus pendant des années, et il doute.
Tous les disciples fuient au moment de l’arrestation de Jésus au jardin de Gethsémani. Ils abandonnent celui qu’ils avaient juré de suivre jusqu’à la mort. Pire encore : au pied de la croix, parmi les proches de Jésus, ce sont encore essentiellement des femmes qui sont présentes. Les hommes, les futurs piliers de l’Église, ont disparu.
On pourrait aussi mentionner les disputes mesquines entre disciples pour savoir qui serait « le plus grand » dans le Royaume de Dieu, ou l’incompréhension répétée des apôtres face aux enseignements de Jésus. Au point que celui-ci leur lance parfois : « Êtes-vous encore sans intelligence ? » (Mt 15, 16).
Si vous rédigez un texte pour fonder une nouvelle religion et que vos héros fondateurs sont les apôtres, vous ne les montrez pas lâches, incrédules et en fuite. Vous les montrez courageux, fidèles et inébranlables. Le fait que les Évangiles n’aient pas embelli le portrait de leurs propres leaders est un indice puissant de leur honnêteté. Surtout au vu de l’époque où cela a été rédigé.
Ce que tout cela signifie
Ce qui est remarquable, c’est que tous ces éléments convergent dans la même direction. Les Évangiles canoniques portent les marques d’une transmission honnête plutôt que d’une construction stratégique.
Une fabrication cherche toujours la légitimité maximale. Elle choisit les meilleurs noms, les meilleurs témoins, les histoires les plus flatteuses. Les Évangiles font systématiquement l’inverse :
- Ils sont associés à des auteurs modestes, voire controversés.
- Ils placent des femmes comme premiers témoins de la Résurrection, à une époque où leur parole n’avait pas de valeur juridique.
- Ils montrent les apôtres dans leurs faiblesses : le reniement, le doute, la fuite.
Ce ne sont pas les caractéristiques d’un texte inventé. Ce sont les caractéristiques d’un témoignage authentique, transmis par des hommes qui ont rapporté les faits tels qu’ils les ont vécus, y compris quand ces faits étaient embarrassants.
Faut-il croire en la Bible ?
Le critère d’embarras ne prouve pas à lui seul que tout ce que dit la Bible est vrai. Mais il apporte un argument historique solide en faveur de la fiabilité des Évangiles. Et cet argument ne vient pas uniquement de théologiens croyants il est reconnu et utilisé par des historiens laïcs dans le monde entier.
Si vous vous posez des questions sur la fiabilité de la Bible, c’est une excellente démarche. Chez MeilleureBible, nous croyons que la foi n’a pas peur des questions, au contraire, elle s’en nourrit. Et plus on examine les textes bibliques avec rigueur, plus on découvre des raisons solides de leur faire confiance.
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